Juristes, taisez-vous!

Dimanche, 3 juin 2012

La loi 78 a profondément indigné quelque 500 juristes québécois. Cette indignation a donné lieu à une manifestation (légale) de ces hommes et de ces femmes habillés de leur toge dans les rues de Montréal. Ce groupe de juristes voulait non seulement afficher leur indignation personnelle mais aussi, solidifier la confiance du public envers notre système légal.

Force est de constater que la majorité des Québécois ne fait plus confiance au gouvernement et de plus en plus de gens se sentent chaque jour un peu plus menacés par les forces policières. C’est un cocktail explosif où une étincelle, comme la mort d’un manifestant aux mains de la police par exemple, pourrait plonger le Québec dans une situation très dangereuse.

La manifestation des juristes avait donc aussi pour but de calmé un peu la colère qui gronde dans le cœur des Québécois. Ces juristes ont clairement exprimé leur désaccord avec la loi 78 et ont assuré la population qu’ils la combattraient en cour. Cette prise de position affirmait que tous les juristes n’étaient pas de simples sbires au service du gouvernement mais plutôt, les défenseurs d’une société inspirée par la Charte des droits.

Pour le gouvernement par contre, cette manifestation était un affront.

La peur de la vérité

C’est pourquoi Pierre Moreau, notre actuel ministre des transports, s’est personnellement attaqué à François Desroches parce que ce dernier est à la fois juriste à l’emploi de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) et l’un des organisateurs de cette manifestation. Le ministre lui reproche son manque de loyauté (envers qui, on se le demande?) et rappelle à la population que les employés de l’État ont un devoir de réserve : « Il devrait être sanctionné sévèrement. Il s’expose à la réprimande verbale jusqu’au congédiement. Moi j’estime qu’un avocat, qui est payé par les taxes des contribuables pour travailler à la SAAQ, a autre chose [à faire] que d’organiser des manifestations de chaudrons dans les rues. », a-t-il déclaré.

Pourtant, cette manifestation s’est déroulée en dehors des heures de travail et aucun de ces juristes n’étaient rémunérés au cours de cette manifestation. Pour le ministre Moreau, à partir du moment où un individu devient un employé de l’État, il cesse d’être un citoyen et doit faire preuve d’une loyauté indéfectible envers les politiciens au pouvoir.

À preuve, bien que cette manifestation s’opposait à une loi que les juristes jugent non constitutionnelle, le ministre Moreau n’y a vu qu’une prise de position politique contre son gouvernement. Pour justifier ses propos, le ministre a invoqué les articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique. Ces articles font référence à la réserve et à la neutralité politique dont les employés de l’État doivent faire preuve. Puisque son gouvernement judiciarise à l’excès la crise politique que traverse le Québec, il ne sait plus faire la différence entre une opinion juridique et une opinion politique. Ce manque de jugement est très dangereux de la part d’un gouvernement.

La loi du silence

J’ai déjà parlé de la Loi du silence dans l’État et nous avons ici un exemple de la façon dont le gouvernement utilise cette loi afin de bâillonner les employés de l’État. Beaucoup de ces employés tiennent à défendre l’intérêt de leurs concitoyens mais notre système juridique les empêche de le faire.

Si la loi 78 s’attaque à notre démocratie, les articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique protègent les magouilles de nos politiciens. Les employés de l’État représentent 22,7 % de l’emploi total au Québec. C’est donc près du quart de la population active qui sait exactement comment se conduisent nos gestionnaires d’État.

Pourquoi notre gouvernement veut-il bâillonner les employés de l’État? Qu’apprendrions-nous si cette loi était supprimée? Aujourd’hui plus que jamais, alors que la population soupçonne notre gouvernement de corruption, il est grand temps de redonner la parole aux employés de l’État. Ils n’attendent que l’abolition de cette loi pour révéler ce qu’ils savent…

Qu’en pensez-vous?

RC